Nous voici pour la troisième fois à proximité d’une réserve que nous aimons beaucoup. Mais cette année, le décor est différent. Il pleut à notre arrivée à Castello d’Empuries. Fleuve et rivières ont débordé et se répandent dans les champs. Il y a de l’eau partout, y compris sur certaines routes qu’il faut traverser à gué.
Autant se réfugier dans notre hôtel préféré et déguster un bon dîner. Mais il pleut aussi le lendemain. La route d’accès à la réserve est coupée. Allons faire un tour à l’étang de Vilaüt qui se trouve dans la direction opposée.
Nous passons, même si quelques voitures de la police municipale patrouillent dans le coin. C’est spectaculaire. Tout est submergé, les deux chemins que nous avons empruntés jadis sont des torrents en crue. Dans ces conditions, voir un oiseau devient un exploit.
Nous nous engageons dans des routes secondaires que nous connaissons bien, où nous avons fait quelques belles rencontres jadis, mais nous tombons sur des barrages. Christine cherche des itinéraires de remplacement. Rien à faire, toutes les routes sont coupées.
Amusant, sommes toutes. Mais nous sommes ici pour observer les oiseaux… Heureusement, la météo prévoit enfin une magnifique journée pour demain.
Elle tient ses promesses, la météo. Ciel bleu et soleil. Les routes ne sont plus barrées. Nous sommes prêts à parcourir les quelques kilomètres de sentiers sillonnant la réserve. Ah oui ? Lesdits sentiers sont couverts d’eau, impossible d’avancer !
Retour à Figueras pour acheter des bottes.
L’eau nous arrive à mi-mollet. Nous progressons lentement pour arriver à un premier observatoire, puis à un deuxième et un troisième. Pas question d’aller plus loin, l’eau se fait toujours plus haute. Christine n’apprécie guère la natation. Les quelques oiseaux se tiennent bien au milieu des terrains inondés. Mais il en faut davantage pour nous nous arrêter.
Les busards des roseaux qui chassent en planant au-dessus des étangs s’éloignent lorsqu’ils se sentent observés. Celui-ci ne nous a probablement pas vus, cachés comme nous le sommes par l’observatoire. Il fonce sur nos téléobjectifs. Une aubaine.
Une Grande aigrette ne tarde pas à l’imiter. Un spectacle rare que nous nous devons d’immortaliser.
Les vanneaux huppés sont toujours présents en nombre important à Aiguamolls, tantôt posés au sol où ils se déguisent à la perfection, tantôt en l’air où il est plus aisé de les photographier.
Notre programme ne prévoyait pas une troisième journée dans le coin. Les conditions météos et un parebrise fendu nous ont poussés à rentrer par le sud, plutôt que par le nord. Aiguamolls étant annoncée comme baignant dans le soleil, il aurait été dommage de rater l’occasion.
Mais il était écrit quelques part que cette année la réserve devait nous ménager des surprises. L’annonce de vents très violents dans la région a poussé les autorités catalanes à déclencher l’alerte. Ecoles fermés, invitation à ne pas circuler sans raison impérative. Toute la panoplie y est, y compris l’interdiction d’accès au parc.
Il n’y a pas un souffle de vent, mais nous devons nous contenter d’observer la lagune depuis la route menant au camping. C’est un peu frustrant. Les quelques rares oiseaux sont très loin, même pour nos jumelles.
Encore une fois, nous allons nous replier sur l’Estany de Vilaüt. Pendant trois semaines, il n’a pas cessé de pleuvoir sur la région, mais l’eau s’est désormais retirée des champs et les sentiers sont à nouveau accessibles.
Chaussons nos bottes.
Un maigre butin pour quelques heures de marche. Mais les pluies ont tellement agrandi l’étang que les oiseaux ont beau jeu de se cacher en son centre, inatteignables.
Fin de l’après-midi : le vent a un peu forci, mais nous avons connu bien pire. Retournons donc à Aiguamolls, les barrages ont peut-être été levés.
L’espoir fait vivre, la réalité ôte toute illusion… Toutefois, les oiseaux de la lagune ont soudainement envie de se dégourdir les ailes. Pendant une petite demi-heure, ils entament des ballets aériens de toute beauté. Nous nous régalons.