Ce soir, nous dormons à Cabrils, localité qui fait partie de l’agglomération tentaculaire de Barcelone. Heureusement, notre logement est accueillant et sis dans un quartier résidentiel. De quoi oublier le triste paysage urbain qui nous entoure.
Et puis, nous avons hâte de vivre notre première expérience en affût, prévue pour le lendemain. Quelques heures en fin d’après-midi dans la région de La Roca del Vallès, où nous avons rendez-vous avec Francesc, notre guide.
Nous pouvons espérer la venue de l’autour des palombes avant le coucher du soleil et celle encore plus excitante du grand-duc avec l’arrivée de la nuit.
C’est aussi un défi technique, car il s’agira d’utiliser, dans le noir le plus complet, la mise au point manuelle et surtout le flash fourni par le guide. N’ayant pas l’habitude d’en utiliser, nous avons potassé le mode d’emploi de nos appareils, espérant l’avoir bien fait.
Nous voilà en place dans une hutte somme toute confortable, les yeux braqués sur les perchoirs d’en face.
Pas de traces de l’autour. La nuit tombe et le grand duc arrive. C’est un oiseau magnifique à une quinzaine de mètres de nous. C’est magique !
Dans mon viseur, j’aperçois les éclairs du flash à Christine. Le mien ne veut pas fonctionner. J’ai beau jouer avec les réglages, rien ne se passe. Tant pis. Je jouis du spectacle, tout en espérant dans l’habilité de ma femme.
Il faudrait pouvoir revenir.
Contre toute attente, nous le ferons le soir suivant, à la place de l’affût à la genette qui a déserté les lieux. Ce qui me donnera un peu de temps pour comprendre mon erreur de réglage.
Une buse variable se pose un court instant sur le perchoir. Puis, c’est le moment de l’autour, splendide. Le soleil qui se couche en face ne nous facilite pas la tâche, mais je ne m’en sors pas trop mal.
Et revoilà le grand duc ! Cette fois-ci mon flash fonctionne très bien. Je prends ma revanche… Christine avait déjà réussi son défi.
C’est un moment de grande émotion. L’observation de ce grand prédateur est tout simplement ahurissante. Je me surprends à cesser de photographier pour mieux apprécier l’instant.
Les quelques lueurs du soleil couchant disparaissent. Notre grand duc est désormais enveloppé par les ténèbres. Seuls les éclairs des flashes nous permettent de lui voler quelques instants supplémentaires. Il nous quitte trop rapidement, sa proie dans les serres.