SENDERO VIVO

 

Huit heures et demie. Nous voici devant le portail fermé d’une propriété à Navalagamella. Nous attendons Carlos, notre guide pour une nouvelle matinée d’observation en affût.

Ma précision d’ancien militaire s’indigne. Mais ce n’est qu’une attente de quelques minutes. Le portail s’ouvre. Carlos et sa femme Rachel nous accueillent. Sympa, mais un peu rigides. Nos tenues noires, recommandées lors de l’inscription, ont quelques nuances de gris et de bleu foncé…

Bref, mettons nous en route. Carlos manie son vieux 4×4, un Defender, avec une habilité remarquable, digne d’un coureur de rallies. Si j’avais été au volant, j’aurais certainement mis plus longtemps pour traverser la superbe forêt qui nous sépare de la hutte.

Quelques longues minutes de recommandations plus tard, nous sommes prêts. A travers la baie vitrée, nos regards se fixent sur une mare artificielle et une plaine herbeuse entourée d’arbres.

Effet immédiat. Une multitude d’oiseaux se précipite sur la nourriture. Les pinsons des arbres et les pies bleues à calotte noire sont largement majoritaires. Trois renards rusés viennent également se servir, sans susciter d’alerte particulière.

 

 

Nous sommes ici dans l’espoir d’apercevoir l’Aigle ibérique, ce qui n’est nullement garanti. Il s’agit d’un rapace difficile à observer.

Un bec pointe au fond de la plaine, parmi les buissons. Sûrement un grand corbeaux. Néanmoins, dans mes jumelles, je vois un bec d’aigle ! Le temps de me remettre de ma surprise et une forme sombre s’envole, traverse la clairière et disparaît. Je ne suis pas fier de moi.

C’est l’heure des milans royaux. Un, deux, trois, beaucoup. Posés sur les branches des arbres, ils affichent une feinte indifférence. Je pensais qu’ils allaient se précipiter sur les morceaux de viande. Et bien, non. Ils se servent en dernier, délicatement, sans déranger quiconque.

 

 

 

Nous n’avons pas le temps de chômer. L’activité est frénétique. Nous passons d’un cadrage à l’autre. « Tiens » chuchote-je, quelque chose arrive. Un vautour fauve. C’est une surprise, celui-là n’était pas attendu.

 

 

En voilà un deuxième. « Mais c’est un moine » s’exclame Christine. Elle a raison. Nous avons cherché à le photographier dans tous nos voyages en Espagne, pour y réussir de manière satisfaisante seulement l’année passée. Le voilà qu’il s’approche de nous, il est à quinzaine de mètres. C’est extraordinaire ! Et il ne vient pas seul… 

 

 

Ils sont plus grands que leurs confrères. Ils s’imposent,très gentiment. Un léger coup de bec, une course, l’oeil menaçant, rien de plus. Il y a manger pour tout le monde. 

Nous sommes aux anges.

C’est à peine si nous parvenons à détourner le regard de cet oiseau magnifique pour apercevoir un renard qui vient discrètement faire ses emplettes. Ce n’est pas la mangouste d’Egypte qui ne viendra pas, mais il mérite néanmoins une photo.

 

 

Un rapide regard à ma montre. Il est 1630 heures. Nous étions censés rester jusqu’en fin de matinée. Nous n’avons pas vu passer le temps. Nous remercions en silence Carlos de nous avoir permis de rester.

Il ne faut quand même pas trop profiter de sa gentillesse. Christine l’appelle pour lui demander de venir nous chercher. Nous commençons à ranger tout notre attirail photographique et il arrive.

Carlos ? Non, l’aigle ibérique !

Il se pose sur le tronc en face de l’observatoire. Nos 500 mm sont trop puissants pour le cadrer en entier. Mouvements au ralenti, j’essaye d’extirper mon 100-400 mm du sac photo, en priant mère nature de ne pas le faire partir. Je suis exaucé. Pas longtemps, juste le temps de quelques clichés.

 

 

Son plumage clair indique qu’il s’agit d’un aigle juvénile. Et alors ? Il était magnifique, fier et inattendu. Nos yeux scintillent et nous peinons à croire à notre chance.

Quelle journée inoubliable !

 

 

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la laguna de Villafafila