Installés dans notre hutte d’observation perdue dans la garrigue, le Duero en contrebas, nous scrutons le ciel avec une certaine excitation.
Une silhouette se profile dans le ciel. Vite, cherchons le bon cadrage. Fausse alerte, c’est un vautour fauve. Il nous nargue, passant et repassant devant nous. Il est certes majestueux, mais ce n’est pas lui que nous attendons.
Un autre rapace s’approche. On ne sait jamais, prenons quelques clichés. Pas le temps de contrôler sur nos écrans, il est déjà là, perché sur son affût, un tronc d’arbre desséché.
Il prend son temps, il regarde à droite, puis à gauche, pivote sur lui-même. Puis son regard jaune perçant se braque sur nous. Un frisson court le long de mon échine, c’est le même que celui de la proie.
Nous a-t-il vus ? Certainement pas, mais il sait que nous sommes là et prend la pose pour nous.
Un grandissime moment. Ce ne sont pas les conseils de Carlos, notre guide, qui nous font taire, c’est l’émotion.
C’est probablement le mâle du couple. Sa poitrine très blanche, finement striée, nous le laisse penser. Contrairement à beaucoup d’autres espèces, le mâle est plus petit que la femelle. Mais pour l’instant, il est seul, impossible de comparer.
Finies les tergiversations. Le lapin à quelques mètres de son perchoir est trop tentant. Le voilà qu’il bondit.
Le festin commence. Il mange délicatement, en prenant son temps. Un véritable gourmet. A ce rythme, le lapin va durer longtemps.
L’autre aigle fait son apparition. Plus loin, sur notre gauche. Il attend que l’autre lui laisse la place. Et il attendra longuement, sans montrer aucune impatience.
Une éternité. Bienheureux les derniers, si les premiers sont honnêtes… Il doit connaître le dicton.
Le premier s’envole. Il s’élance. Il y a encore largement de quoi manger.
Nous avions vu juste. Le premier était le mâle. La deuxième venue est plus grande, sa poitrine plus sombre, parcourue plutôt par des taches que par des stries.
Elle est tout autant magnifique que son compagnon.
Le temps passe, mais nous en apercevons à peine. Ici, les heures passent comme les secondes dans d’autres endroits. Le mâle revient signifier à sa compagne qu’il est temps de quelques vols digestifs, de jeux et de plaisir d’être ensemble. Sans oublier de revenir sur place pour déguster le dessert.
Nos premiers aigles de Bonelli sont dans l’escarcelle.