NOTRE CABANE AU CANADA

♥ PRÉAMBULE

Fin du printemps, début de l’été 2025. Churchill Wild, une compagnie spécialisée dans les expéditions en petit groupe dans le grand nord canadien, qui nous a déjà conduits à l’observation des ours polaires, nous envoie l’une de ses habituelles offres d’aventure. J’y jette un coup d’oeil distrait, puis je sursaute sur ma chaise. Elle nous propose de partir à la rencontre du loup arctique, pendant une dizaine de jours, entre le 23 juillet et le 1er août 2026, en marchant dans la toundra de la baie d’Hudson, matin et après-midi, sur des distances compatibles à notre grand âge, tout en logeant à Nanuk Polar Bear Lodge.

  

 

Le loup, notre animal fétiche ! Nous l’avons déjà vu, de loin, à Yellowstone, et de près, très près, à Seal River Lodge, l’autre repaire de Churchill Wild. Nous rêvons de le revoir et surtout de l’approcher à pied.

Le loup, notre animal fétiche ! Nous l’avons déjà vu, de loin, à Yellowstone, et de près, très près, à Seal River Lodge, l’autre repaire de Churchill Wild. Nous rêvons de le revoir et surtout de l’approcher à pied.

Christine a aussi lu le message. Nous nous regardons. Une minute, peut-être deux. Malgré le coût de l’opération, une décision est prise. Nous allons nous inscrire immédiatement.

Il ne me reste qu’à concocter un programme de voyage autour de Winnipeg, point de départ et de retour de notre escapade arctique. C’est vite imaginé et vite fait. Pour ma part, j’ai découvert le Manitoba, l’Ontario et Québec en 1978, Christine ne connaît pas cette partie du Canada.

 

NOTRE ÉQUIPE

Claude et Louis, les seuls amis qui auraient pu nous accompagner dans une telle aventure ont été tentés, puis ils on renoncé. Nous partirons seuls, mais nos nombreux voyages nous ont soudés. Chacun de nous est pleinement conscient de son rôle et l’assume sans rechigner.

 

 

Et n’allez pas croire à tout ce que j’écris…

 

♥ NOTRE VOYAGE

Le Canada est un grand pays, le deuxième au monde en surface. Il fallait bien commencer quelque part. Nous voici débarqués de notre avion à Toronto. Nos bagages ont suivi, notre voiture de location est prête, la circulation est dense, mais cela pourrait être pire.

La mégapole est désormais derrière nous, mais voici une autre ville qui annonce fièrement ses 500000 habitants, puis une autre encore plus grande. Rien de bien folichon, mais nous prenons notre mal en patience. Le premier but de notre voyage s’annonce, à une centaine de kilomètres..

 

♦ NIAGARA FALLS

 

Contrairement à ses sœurs, Victoria Falls, Iguazu ou les grandes chutes islandaises, ensevelies dans la nature, Niagara Falls est entourée d’une ville, que sa seule présence a fait naître. 

Des dizaines de boutiques, bars et commerces qui proposent des activités l’une plus déjantée que les autres, émergent les tours des grands hôtels qui rivalisent entre eux pour proposer la meilleure vue sur les chutes. Nous avons choisi le Sheraton Fallwiews, l’un des rares qui propose des chambres avec une fenêtre qui s’ouvre. Il faut admettre que cela en valait la peine.

 

 

Depuis toujours, je suis fasciné par la puissance inexorable et inarrêtable de l’eau. Je peux passer des heures à l’admirer, surtout lorsqu’elle se transforme en cascade. mur liquide aux mille reflets et nuances. Je presse le pas, j’ignore la chute américaine, au moindre débit, pour me retrouver face à ce gouffre sans fin que les vapeurs d’eau cachent et dévoilent sans cesse.

 

 

Il y a beaucoup de monde, mais en réalité, je suis seul avec mes rêves.

Des bateaux bondés partent tous les quinze minutes pour s’approcher des chutes, poncho bleu pour les touristes qui partent du rivage américain, rouge pour ceux qui se trouvent du côté canadien. Christine et moi-même n’aimons pas la foule et nous avons beaucoup hésité à monter à bord. Pour finir, pour quelques dizaines de dollars, nous avons réservé la croisière V.I.P. qui démarre à 0830 heures, la première de la journée. Du coup, nous avons droit à un poncho doré et surtout à un espace réservé à l’avant du vaisseau.

Nous aurions eu tort de nous en priver. Depuis le fleuve, l’approche et la vue sont bien différents, dévoilant des vues cachées qu’il est impossible d’apercevoir depuis le chemin qui vous conduit à la chute qui s’avère encore plus majestueuse. 

 

 

Dans le prix du billet V.I.P. est compris un coupe-file pour emprunter un tunnel descendant derrière Niagara Falls. Deux fenêtres s’ouvrent dans le rocher. La zone de rupture de la chute, là où l’eau se précipite dans le vide, et le rideau liquide qui en dérive nous frôlent. Il suffirait de tendre la main pour être happé par cette furie fascinante.

 

 

La nuit arrive. Les projecteurs s’allument. Les chutes changent de couleur, en passant par toutes les nuances de l’arc-en-ciel. C’est très touristique, mais néanmoins splendide. Nous ne sommes pas les seuls à le penser. Il n’y pratiquement pas un trou de libre le long du chemin bordant l’eau. Seuls les incendies ravageant l’Ontario empêchent que le spectacle se termine par des feux d’artifice.

 

 

Après deux jours passés en contemplation, il est désormais temps de nous adonner à notre passetemps favori : l’observation de la faune et plus particulièrement des oiseaux. Nous voilà en route pour notre prochain point de chute, à travers un paysage agricole agréable qui profite sans doute du voisinage du lac Erié, l’un des cinq grands lacs canadiens.

 

 

Un bip nous sort de notre ennui. Un pneu se dégonfle ! En roulant très lentement, je parviens à une station de service dont l’employé ne peut pas nous aider et n’a aucune idée de qui pourrait le faire… Mais c’est notre jour de chance. Une dame nous prête une pompe à batterie qui regonflé le pneu et nous dit qu’une station Canadian Tire se trouve à une quinzaine de kilomètres. Les quinze kilomètres les plus longs de notre vie : la pression diminue à vue d’œil et le cadran de contrôle indique 1,4 bar au lieu des 2,5 prévus. 

Christine fait preuve de sa débrouillardise habituelle. Après quelques discussions et un bon pourboire, notre pneu est réparé et nous pouvons reprendre notre route. Ouf !

Nous avons loué une maison au bord du lac, où nous passerons les prochaines quatre nuits. Elle est charmante, bien qu’un peu désuète dans son aménagement. Tous les matins, un charmant oiseau viendra déjeuner avec nous : un Merle d’Amérique.

 

 

♦ LE PARC NATIONAL DE LA POINTE PELÉE 

 

Notre logis n’est qu’à quelques kilomètres du parc qui a la réputation d’être l’un des meilleurs endroits canadiens pour l’observation ornithologique.  La route se faufile dans une forêt très dense qui laisse rarement apercevoir étangs et lac. Mais nous rencontrons rapidement une place de parc. Quelques centaines de mètres et nous parvenons à une plage qui nous réserve nos premières observations.

 

 

Nous nous rendons rapidement compte que le parc est recouvert d’une forêt impénétrable. Quelques places de parking nous permettent de nous arrêter, mais elles donnent accès à des activités de loisirs que nous ne nous attendions nécessairement pas à trouver dans un parc national. Rien n’est fait pour l’observation animalière. Le centre des visiteurs, assez vieillot, ne nous aide pas davantage. Une boutique assez minable, un film aux images magnifiques qui ne fournit aucune information, des rangers qui semblent s’ennuyer.

Qu’importe. Nous allons nous débrouiller tous seuls. Nous nous laissons pas décourager par le parking bondé du Marsh Board Walk. Nous empruntons la passerelle en bois qui pénètre dans les roseaux qui s’écartent après quelques centaines de mètres, dégageant une vue sur une large lagune recouverte de nénuphars. Deux type d’oiseaux jouent avec notre patience, se dérobant sans cesse à nos objectifs. L’un est magnifique, tout de noir vêtu, avec des taches jaune et rouge sur les ailes, visibles surtout en vol. L’autre est plus terne, habillé d’un brun striée de blanc.

 

 

C’est dans la boîte. Nous venons de faire connaissance avec le Carouge à épaulette, mâle et femelle. Nous ne savons pas encore que, assez communs, ils nous accompagneront souvent dans nos balades futures. 

La chasse effrénée que nous leur avons donné, ne nous empêche pas de nous intéresser aux autres habitants de la lagune, même si de nombreux passants font trembler la passerelle au moment où nous allions déclencher…

 

 

Une réussite inattendue qui nous pousse à explorer l’autre sentier qui pénètre dans la forêt pour aboutir à quelques marécages : De Laurier. Des taches jaunes se faufilent dans les arbres. L’une d’elle s’arrête quelques instant. Notre première paruline. Bruno, un photographe animalier français que nous rencontrerons plus tard, nous dira qu’ici, au mois de mai, il a pu observer 35 types de parulines. Mais nous sommes à fin juillet et la période est nettement moins favorable. 

 

 

Un peu plus loin, un bruit soudain nous surprend. Quelque chose s’est envolé de l’étang. Il est surement déjà loin. Et bien, non, il s’est arrêté sur un arbre.

 

 

Une journée qui semblait s’annoncer décevante se révèle au contraire très intéressante.Une nouvelle leçon à notre patience. Nous retournerons dans les jours suivants dans le parc qui est sis à cinq minutes de voiture de notre logis. Des brèves escapades qui nous permettrons notamment de constater que les mâles participent au nourrissage des petits.  

 

 

Autour du parc national, dans un rayon de quelques dizaines de kilomètres, il y a plusieurs sites propices à l’observation ornithologique. Nous souhaitons en visiter l’un ou l’autre.

 

♦ HILLMANN MARSH ET HOLIDAY BEACH CONSERVATION AREA

 

Le parking de Hillmann Marsh est vide, ce matin. Deux ou trois baraques désertes. Un panneau nous indique qu’il faut scanner un code et introduire notre numéro de plaques pour nous acquitter du droit de visite de cinq dollars canadiens. Heureuse époque où, si on ne possède pas un natel. on ne peut pas régler son dû.

L’endroit est plaisant. Des larges prairies et des bosquets entourent des vastes marécages. Nous empruntons un sentier qui, sur quelques kilomètres, doit nous permettre de faire le tour des étangs. Quelques lapins et des hirondelles rustiques nous souhaitent la bienvenue.

 

 

Une Crécerelle d’Amérique déguste son repas, quelques autres oiseaux s’arrêtent un instant sur leur perchoir pour nous permettre de les photographier. Un héron vert nous nargue, en changeant de position à chaque fois que nous tentons de l’approcher. Et le sentier s’arrête, accès barré, à cause de la lutte contre une espèce invasive, l’hydrille. Nous devons rebrousser chemin.

Les heures ont passé. L’air est saturé de mauvaises lumières.  Nous décidons de rentrer pour revenir en fin d’après-midi.

Nous empruntons un autre chemin qui nous mène enfin aux bords d’un grand étang. Et nous nous régalons.

 

 

Le temps passe vite en observation ornithologique. Le ciel se colore des premières ombres du soir. Un mouvement attire notre attention, là bas, au bout du chemin. Un héron vert, parbleu. Cette fois-ci, il va pas nous échapper ! Nous coordonnons nos mouvements. Un pas, un autre, nous nous arrêtons. Et nous recommençons. Nous nous approchons, mais il y a toujours une herbe ou une branche qui le cache. Mais nous réussissons.

 

 

Il nous faut parcourir une cinquantaine de kilomètres depuis notre maison pour atteindre Holiday Beach, mais le voyage en vaut la peine. Encore une route qui sillonne une superbe forêt. Mais celle-ci s’écarte sur des marais où Grandes aigrettes et Bernaches abondent, un peu trop loin pour nos objectifs, hélas. Nous parvenons à un magnifique esplanade au bord du lac Érié. Pour une raison que j’ai oubliée, la plage est fermée et nous sommes seuls. Pas d’humains, mais beaucoup d’oiseaux. En chasse !

 

 

Mais le mieux reste à venir. Un  Balbuzard pêcheur vient vers nous, toujours plus près. Il tient dans ses serres un énorme poisson, sorte d’esturgeon, que convoite un Pygargue à tête blanche. Un bref combat, tellement court que nous ne parvenons pas à le saisir. Pas de vainqueur, seulement des vaincus. Le poisson retombe dans l’eau. Une scène magnifique.

 

 

Les loups nous attendent, désormais. Un retour sans histoires à Toronto, un avion pour Winnipeg, où l’équipe de Churchill Wild nous accueille. Le lendemain, 24 juillet, un réveil très matinal, un nouvel avion pour Churchill, où nous passons une journée et une nuit sans aucun intérêt. Un peu longuet et pas très bien organisé, tout de même.

 

♦ NANUK POLAR BEAR LODGE

 

Le petit avion de brousse doit faire deux voyages pour transporter le groupe de 16 personnes que nous sommes. Mais nous voilà prêts pour une nouvelle aventure. Churchill Wild nous a offert en 2014 et en 2016, deux séjours au milieu des ours polaires qui nous font encore rêver aujourd’hui. Des moments d’émotion inoubliables. Un proverbe connu dit « jamais deux sans trois » et nous sommes impatients de repartir.

 

 

Mais faisons un bond en avant et disons-le tout de suite. Les proverbes peuvent mentir. Notre troisième expérience avec cette compagnie s’avérera une profonde déception. Le moins que nous puissions dire c’est qu’il y a un gouffre entre la description de l’aventure par Churchill Wild et la réalité. Puis, tendons un voile miséricordieux sur les autres nombreuses lacunes et passons à autre chose.

Nous avons la chance de passer une semaine dans un endroit isolé du monde où l’homme ne vient pas souvent. La baie d’Hudson, gigantesque mer intérieure en toile de fond, borde un paysage façonné par l’eau. Par ici poussent des forêts de sapins rabougris, de saules nains et de buissons d’où sortent de mystérieuses rivières venant de nulle part, par là brillent mares, petits lacs et tourbières. Ailleurs, le permafrost, ce sol gelé en permanence, se couvre de mousses aux nuances délicates.

 

 

Tous les jours, nous roulons sur des traces boueuses à la recherche du Graal. Il devient rapidement évident, tout au moins à nos yeux et à ceux de Dorota et Bruno, un couple de photographes animaliers franco-polonais, extrêmement sympathique, que des loups nous ne verrons que des traces.

 

 

Nous parvenons néanmoins à capturer quelques images des nombreux oiseaux qui nous accompagnent. Difficilement, il est vrai, car ils ne semblent pas intéresser grand monde, surtout pas nos guides qui arrêtent leurs engins là où seul le vide nous entoure. 

 

 

Nous sommes dans les terres de l’ours polaire. Il nous arrive même de piqueniquer parmi eux, silhouettes lointaines qui parcourent inlassablement les côtes de la baie, à la recherche, j’imagine d’un peu de fraîcheur. Mais il leur arrive de faire une escapade à l’intérieur des terres, comme cette mère avec ses jeunes que nous rencontrons après un virage.

 

 

Fatigués de se laisser admirer, ils s’éloignent. Ils progressent à une vitesse étonnante pour des bestioles de cette taille et de poids. Très rapidement, ils atteignent la côte et nous les voyons, à la jumelle, prendre leur bain dans les eaux basses de la baie d’Hudson.

La palme du seigneur des lieux revient indéniablement à ce gros mâle qui se déplace d’une piscine à l’autre. Nous l’approchons à pied avec mille précautions. Nous parvenons à une petite centaine de mètres. Il nous regarde avec ses yeux noirs minuscules, mais nous voit-il ? En tout cas, nous ne semblons pas le déranger.

 

 

Nous passons des heures dans la toundra. L’occasion de faire d’autres rencontres heureuses, de cesser de scruter à la jumelle ces plaines infinies à la recherche de l’impossible.

 

 

Les oiseaux en vol, c’est plus facile. Nos appareils modernes parviennent à gommer les soubresauts de nos véhicules. Tout au moins de temps en temps. L’occasion inespérée de parvenir à photographier notre premier faucon pèlerin mâle.

 

 

Puis, les ours polaires nous rappellent que nous sommes chez eux.

 

 

Malgré les belles rencontres, je reste sur ma faim. Les journées sont longues, parfois monotones. Les jours passent et nos guides perdent le peu d’enthousiasme dont ils ont fait parfois preuve au début de l’aventure. Je me surprend à souhaiter le retour au lodge, d’autant plus que les ours noirs semblent aussi l’apprécier.

 

 

A quoi pense-je, face au soleil couchant ? J’ai oublié, mais certainement pas à revenir.

 

 

Allons, il est temps de passer à autre chose. De retour à Winnipeg, notre voiture de location nous attend. Nous retrouvons notre indépendance et partons pour des nouvelles sensations.

Le Canada  est un grand pays, nous l’avons déjà écrit. Si nous voulons nous arrêter plusieurs jours dans les quelques lieux choisis, nous devons parfois effectuer de longues étapes de transfert. Nous mettrons deux jours pour atteindre notre prochain objectif, avec un arrêt à Fort Francès, une petite ville typiquement canadienne qui s’étend tout en longueur. Ce n’est pas l’espace qui manque ici.

 

 

La route n’est pas désagréable, loin de là. Mais entre paysages agricoles et longues portions flanquées par la forêt, elle n’incite pas à l’arrêt contemplatif, à l’exception du secteur autour de Sioux Narrow, où des dizaines de lacs, grands et petits, percent le rideau opaque de la forêt. Mais Christine dort et je ne veux pas la réveiller…

Nous finissons par parvenir tout près de notre destination pour ces prochains trois jours. Au milieu des terres agricoles bordées par des larges forêt, nous avons déniché un charmant cottage sis dans une splendide propriété culminant dans une toute autant magnifique crique privée s’ouvrant sur le lac Supérieur. L’accueil de Rob, l’un des deux propriétaires qui habitent une grande maison sise dans la propriété est amical et très agréable. La vie pourrait être bien pire.

 

 

♦ SLEEPING PROVINCIAL PARK