Un choix tout à fait arbitraire et subjectif, bien évidemment. Mais en leur présence, nous avons ressenti une émotion particulière. Allez savoir pourquoi…
• Le Combattant varié
Un changement spectaculaire et incroyable. L’oiseau somme toute terne que nous pouvons observer en Suisse dans sa parure hivernale, se transforme en éclat de couleur, le mâle tout au moins, en période nuptiale.
Il passe certainement des heures devant sa glace pour un maquillage parfait afin de séduire ses futures compagnes. Chaque mâle colore sa collerette à sa guise, puis descend dans l’arène gonflant celle-ci, hérisse ses oreillettes et parade, convaincu d’être le plus beau.
S’il estime qu’il y a mieux que lui, il s’envole, ajoute une touche de couleur à son apparence et revient combattre.
Justement, nous espérions les voir, leurs célèbres combats, mais nous sommes probablement arrivés quelques jours trop tard dans le Varanger. Nous avons eu droit à des fausses attaques, à quelques coups de bec pas trop convaincus, l’hypothétique rival s’éloignant rapidement, aux mimiques au sol ailes déployées. Mais toute règle a son exception.
Et l’objet de sa convoitise, me demandez-vous ? La voilà.
Elle semble être indifférente à l’agitation des mâles. Pas nous. Nous avons passé de très longs moment à les admirer. Jamais oiseau n’a mieux porté son nom.
• Le Phalarope à bec étroit
Juin 1992, quelque part en Islande, Christine et moi-même, ornithologues débutants, avions découvert un drôle d’oiseau luttant farouchement avec les vagues de la mer, se réfugiant sur un minuscule éperon rocheux pour se reposer un instant avant de reprendre son combat.
Depuis lors, plus de nouvelles. Le souvenir s’estompant avec le temps, il était urgent de rafraîchir notre mémoire.
Si j’aperçois le premier la vingtaine d’oiseaux qui volent au-dessus du lac de Store Vadsøya, apparaissant et disparaissant pendant quelques secondes, encore une fois c’est Christine qui les identifie. Nous avons trouvé les Phalaropes !
Le vent soutenu agite les eaux du lac. Je peste sans arrêt au sujet de l’autofocus ultra perfectionné de mon appareil. Mes photos sont floues. J’entends Christine se plaindre de la même chose.
Du calme Rudy ! Respire un coup.
Le résultat ne me semble pas trop mauvais.
Décidément, cet oiseau adore jouer avec les vagues qu’il surmonte avec une aisance que Christine lui envie. Il ne cesse pas de bouger, tourner sur lui-même, surfer dans la houle. De temps en temps, il s’envole, imité par ses confrères, mais ils ne tardent pas à revenir. Le spectacle continue.
Il nous a tellement plu que nous décidons d’y retourner , un jour sans vent. Ils sont toujours là, tout près du rivage. D’autres attitudes, d’autres images.
Je crois bien que, cette fois-ci, les caractéristiques des Phalaropes à bec étroit sont définitivement gravées dans nos mémoires.
• L’aigle pêcheur
L’année passée, aux Lofoten, son royaume, paraît-il, nous l’avions longuement cherché et enfin trouvé, à une reprise, là-haut dans le ciel, houspillé par un goéland.
Il en va autrement cette année-ci. Nous avons pris notre revanche.
Notre premier se repose sur un bras de rivière. Un brusque coup de frein, un parcage en urgence en essayant de ne pas trop empiéter sur la chaussée. Nous voilà partis en chasse.
Nous franchissons péniblement broussailles et tapis de cailloux pour gagner quelques mètres. Lui, il nous observe, goguenard. Nous laisse l’illusion de réussir notre approche, puis il s’élève dans l’air et va se poser un peu plus loin. Je parie qu’il a un sourire aux bec.
Mais nous sommes tenaces et sommes parvenus à lui voler quelques images.
Plus besoin d’approches harassantes par la suite. Nous le verrons souvent, silhouette massive et fascinante, en lisière de mer. L’eau est son élément, pourvu que des falaises ne soient pas trop loin. Il faut bien pouvoir s’y cacher lorsqu’un intrus se fait trop agaçant.
Mais que faisait-il, ce jour-là, perché sur un arbre dont les fines branches parvenaient difficilement à le soutenir ? Réponse évidente : il prenait la pose pour nous !
L’eau est son élément, certes, car il faut se nourrir. Mais c’est un oiseau. Le ciel est sa maison.
Ils planent au-dessus de nos têtes, un tout d’abord, puis un autre. Je tend un bras pour les toucher. En réalité c’est une vision de l’esprit. Mes bras sont bien trop occupéà essayer de réussir le meilleur cadrage.
Un grand moment.
Autre jour, autres circonstances. Le vent souffle très fort. Après avoir lutté contre ses rafales, il a enfin trouvé sa voie. Il s’éloigne et devient bientôt un petit point dans le ciel. C’est sa façon de nous dire adieu.