Le Defender de Carlos nous conduit à travers des magnifiques patûrages inaccessibles au commun des mortels. C’est beau et trop court.
Mais notre objectif est ailleurs. Huit heures du matin ont sonné. Nous sommes installés dans un affût et nos objectifs sont braqués, à travers une vitre qui nous déguise, sur une prairie où notre guide a distribué appâts en tout genre.
Que faisons-nous là ? Nous attendons notre vautour percnoptère, parbleu !
Mais ce n’est pas lui qui arrive. Un couple de coucous gris s’installe sur une branche savamment disposée, se querellant gentiment. Nous retenons notre respiration, bloquons nos mouvements. Le seul bruit est le doux cliquetis de nos appareils. Il n’est pas question qu’ils nous repèrent, d’autant plus qu’une huppé fasciée les a brièvement rejoints.
La lumière est divine et le spectacle est grandiose. Il dure, il dure… Dix petites minutes en réalité, mais le temps s’est arrêté.
Nullement intéressés par la table dressée à leurs pattes, ils s’en vont. D’autres les remplacent, davantage gourmands. Les grands corbeaux s’avancent avec précaution en sautillant, les milans, noirs et royaux, remplissent le ciel de leur vol élégant.
Ils se dérobent à notre regard en prenant leur élan derrière notre cachette, puis ils foncent sur le festin à une vitesse foudroyante. Impossible de saisir le moment, enfin, presque toujours. Mais la fatigue aidant, ils finissent par se poser quelques instants.
L’heure du seigneur des cieux espagnols est venue. Les vautours fauves s’approchent. Oiseau très méfiant lorsqu’il se pose pour dîner, son armée envoie toujours quelques explorateurs.
Sommes-nous parvenus à les tromper ou ont-ils jugé notre présence sans danger ? Seuls eux le savent.
Le signal de voie libre est donné. Toute la trouoe avance par vagues successives, inarrêtable. La curée commence.
Spectacle connu, mais toujours fascinant. Choisissons bien nos cadrages !
Une tache blanchâtre apparaît dans nos viseurs. Nous n’y prêtons guerre d’attention. Nous avons tort, nom d’une pipe. Notre cible est là, venue de nulle part.
Quel étrange oiseau. Les vautours fauves et noirs sont certainement plus beaux que lui, mais il n’en a cure. Au milieu de la frénésie de ses cousins, il bouge lentement, presque au ralenti, levant une patte et réfléchissant où il va la poser.
Qu’importe sa beauté. Il possède le charme d’être le dernier vautour à se montrer à nos yeux. La collection est désormais complète.
Contrairement à ses cousins fauves, il semble bien s’entendre avec ses voisins de table. Il va même leur faire causette.
Un percnoptère en attire un autre, c’est bien connu. Deux même. Des immatures bien différents dans leur plumage qui s’éclaircit avec l’âge pour s’approcher de celui de l’adulte.
Pas une, mais trois générations de vautour percnoptère ! Pari gagné.