LE LIVRE DES PLAINES

 

Le paysage a bien changé ici, depuis notre passage cet hiver. Les vastes cultures qui entourent Villafàfila et les quelques hameaux ont changé de couleur. Le brun des terres labourées a laissé la place à une mer verte, profonde et ondulante,  parsemée de fleurs.

C’est peut-être la raison qui nous empêche de voir une seule des outardes barbues que nous sommes venus chercher. 

Nous savons que la spectaculaire saison des parades nuptiales touche à sa fin, mais enfin, ces oiseaux résident ici toute l’année. Nous avons beau parcourir en long et en large les réseaux des sentiers agricoles, peine perdue. Les pages de notre livre risquent de rester blanches.

Restons optimistes. Demain est un autre jour. Contentons-nous de ce qui nous offrent cette vaste étendue de terre plate et ses lagunes. 

 

 

Le sympathique bien qu’un peu bourru patron de la charmante Posada Los Condestables, où nous avons bien dîné et bien dormi, nous a donné quelques tuyaux, en nous suggérant de nous concentrer sur la route vers Tapiolès.

Cette fois-ci, nous regardons dans la bonne direction. Loin, très loin, nous apercevons un groupe d’outardes se détachant quelques instants sur la crête d’une colline. Il n’y a pas de route pour tenter de les approcher, nous devons nous contenter d’utiliser nos puissants téléobjectifs.

 

 

C’est de bon augure. Un peu plus loin, du sommet d’un observatoire, nous en découvrons un autre groupe. Google à la main, Christine établi un itinéraire pour tenter de les approcher.

Ce n’est pas si simple. Un grande partie des chemins agricoles qui quittent la route principale sont interdits à l’accès. Il faut trouver un point de repère et un moyen de l’approcher. Christine accomplit sa mission avec brio. 

Nous avons retrouvé le groupe, mais celui-ci s’envole. Pas très loin, mais nous ne le voyons plus. Les tiges du blé et le terrain ondulant lui offrent une excellente cachette.

Patientons, elles finiront par se dévoiler.

 

 

Les mâles arborent fièrement leur barbichette au vent et leur queue dressée. Nous sommes loin de la spectaculaire parade nuptiale où ils ébouriffent leur plumage, écartent les ailes et piétinent sur place. Il faut savoir s’en contenter.

En réalité, nous avons vu l’une de ces parades. Nous étions toutefois tellement loin que nous avons d’abor pris ses plumes blanches pour un bout de plastique agité par le vent…

Nous avons fini par comprendre le système des chemins interdits. En fait, il ne le sont que dans un sens. Il suffit de trouver le bon bout pour pouvoir les parcourir.

La chasse continue. Parfois avec succès. Mais ces grands oiseaux ne sont pas stupides. Ils se tiennent toujours à l’écart. Malgré toute notre patience, nous ne parvenons jamais à les approcher d’un peu plus près.

Jamais ? L’orage gronde, Sophie abdique. Nous la reconduisons à l’hôtel pour repartir tout d’abord sous la pluie, puis sous un splendide arc-en-ciel. La chance est avec nous. Elles se tiennent dans un champ en friche, au bord de la route. Arrêtons le moteur et attendons.

 

 

Notre livre se referme.

 

 

 

 

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